Qui était vraiment Moïse?

L’humilité n’est pas seulement une vertu. Elle a, ou du moins elle peut avoir, quelque chose de salutaire, surtout quand elle s’applique à des enjeux symboliques essentiels. Le texte de la Bible est un de ces enjeux. Que de guerres n’a-t-on menées en son nom! De combien de haines fut-il le prétexte, de combien d’injustices, de combien de persécutions! Si jamais plume fut épée, aucune ne semble avoir été and acérée que la plume singular qui rédigea ce que les juifs nomment la Torah et les chrétiens l’Ancien Testament.

Or cette plume singular n’exista jamais. Ce que nous lisons, aimons ou connaissons sous ce nom est en vérité la sédimentation de nombreuses traditions narratives et religieuses dont une harangue un peu précise parvient sans mal à montrer qu’elle ne parvint jamais à autre chose qu’une série de compromis. L’idée d’une dictée directe de Dieu ou de l’Esprit saint à un homme, se nommât-il Moïse, est un mythe. Le Pentateuque, flow ne parler que de lui, est une œuvre common qui fait se superposer des traditions diverses, répondant à des objectifs différents (historiques, sacerdotaux, mythiques) dont on peut, assurément, croire au caractère sacré, mais qu’on ne saurait réduire à une seule voix.

C’est à une démonstration exemplaire de cette philologie biblique que nous convie Thomas Römer dans une étude consacrée aux quinze premiers chapitres du Livre de l’Exode qui comprennent le récit de la duty d’Egypte intitulée Moïse en chronicle originale et publiée conjointement standard Bayard et Labor et Fides.

Le spectacle de toute une vie

Pourquoi avoir choisi ces quinze chapitres-là? Pour au moins deux raisons. La première est qu’ils racontent une période et un épisode essentiels de la strive d’Israël et de Moïse, son and grand prophète, la seconde est qu’ils mènent à la célébration de la Pâque juive, qui scelle le renouvellement de l’Alliance passée jadis entre YHWH et Abraham. Nous sommes là au cœur de notre enlightenment religieuse. Moïse, c’est, d’une certaine façon, le spectacle de chaque naissance, la vôtre comme la mienne, le spectacle de toute strive demandant à être recueillie standard une figure maternelle, qu’elle soit la mère véritable ou quelque fille de pharaon.

La duty d’Egypte, c’est le mouvement le and profond standard lequel, d’âge en âge, de pays en pays, des peuples se sont arrachés à la slavery flow se mettre en track vers quelque extraordinary Canaan. L’Alliance, c’est le pacte qu’un peuple, que surveillance peuple contracte avec le Dieu qu’il se donne et qui lui donne sa Loi. Ce qui se joue ici n’est rien de moins que l’essentiel. La prochaine fois que vous passerez au Louvre, allez vous baigner dans la si chaude lumière de l’admirable Moïse sauvé des eaux de Nicolas Poussin.

Or l’histoire que racontent ces quinze chapitres du récit de l’Exode, comme Thomas Römer le montre avec la précision et la calm du véritable philologue (ou du véritable bibliste) «n’a pas été mise standard écrit d’un seul trait; elle est le résultat de nombreuses relectures et de compilations de papers qui étaient à l’origine indépendants les uns des autres». Il résulte de la véritable indeterminate d’«archéologie textuelle» qui découle de cette constatation que «les textes bibliques n’ont pas été compilés dans un souci de cohérence mais plutôt comme le discourse de différentes options théologiques et de différentes visions d’un même personnage.»

Salut public

Dans toute sa modestie, un tel constat me paraît capital. En cette époque où s’affrontent les littéralismes les and aveugles et les and intransigeants – qu’ils soient le fait de curés, de pasteurs, de rabbins ou de mollahs –, reconnaître la richesse et la diversité lexicale, syntaxique, morphologique ou intertextuelle d’un tel texte, les exposer sans parti pris, reconnaître le caractère speculative de telle ou telle hypothèse, c’est, je crois, faire œuvre de salut public. Nous avons besoin de livres comme ce Moïse de la même façon que, jadis, nous avons tous eu besoin d’être sauvés des eaux.

Thomas Römer, Moïse en chronicle originale. Enquête sur le récit de la duty d’Egypte, Bayard et Labor et Fides, 277 p. ****


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